L’émouvant Dallas Buyers Club – des réalités enfin dénoncées


Narrant une partie de l’existence du cowboy Ron  Woodroof alors atteint du SIDA qui décide de se lancer dans la contrebande de médicaments durant les trente derniers jours qu’il lui reste à vivre, la nouvelle réalisation de Jean-Marc Vallée crée la surprise en ce début d’année : Matthew McConaughy (le droit de tuer, Mud : sur les rives du Mississipi, le loup de Wall Street) et Jared Leto (chanteur du groupe 30 Seconds to Mars) raflent toutes les plus prestigieuses récompenses, dernièrement les Golden Globes. Super Bobine se devait donc de vous donner son avis, avant les probables futures récompenses, à savoir les Oscar 2014.

Film-Toronto Preview

Doté de scènes toutes aussi percutantes que les symboles glissés ci et là, Dallas Buyers Club joue dans la sincérité, pour se rapprocher au plus près de la réalité : le spectaculaire et les émotions à deux balles pour duper le spectateur sont ici bannis. Cette œuvre devient ainsi un bijou aucunement prétentieux qui se veut le garant de la mémoire de cet homme, son combat, avant d’être le pulsateur d’espoir pour tous ceux qui vivent cela au quotidien.

Mais Dallas Buyers Club reste avant tout une dénonciation de toute une époque où le Sida était d’une part difficilement appréhendable et d’autre part nullement appréhendé à bon escient. Jean-Marc Vallée ne va pas de main morte en critiquant les grands groupes pharmaceutiques qui témoignent de l’incapacité du groupe médical à comprendre le vécu des patients. Souvent déconnectés de la réalité, les médecins n’hésitent pas à se transformer en de véritables barrages contre des individus en fin de vie, dont le simple but est de repousser le moment fatidique. D’autres médecins bien conscients du subterfuge des autorités, se retrouvent également dans l’incapacité de protester. Mais Dallas Buyers Club témoigne également d’une autre vérité : l’homophobie, mêlée à l’image négative que les gens avaient du SIDA dans les premières années de son apparition, au point d’en exclure les porteurs du VIH. D’une certaine manière, la maladie est initiatique pour le personnage principal qui prend conscience de ce phénomène et s’en détache totalement.

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L’originalité de la réalisation tient dans son élégante simplicité et la façon dont le récit est mis en scène. Prenant la forme de chapitres, le film suit une chronologie et fait de l’évolution de la maladie et de ce qui en découle son point central. Très peu de musique, pour accentuer le réalisme du film. Les sons, quant à eux, ont toute leur part d’importance, permettant alors de s’imprégner de l’ambiance mais avant tout de rentrer dans la tête du personnage principal.

Tout le monde met de Matthew McConaughey sur un piédestal, mais sa performance est-elle si brillante que l’on ose le dire ? Pour ses détracteurs, bien qu’ils soient peu nombreux à ce jour, force est néanmoins de reconnaitre le charisme de cet homme qui incarne son personnage avec justesse et qui n’hésite pas à se l’approprier avec brio pour ainsi capter l’attention du spectateur à chaque instant qu’il se pointe devant la caméra. Sa transformation physique est hautement surprenante, rendant l’acteur méconnaissable, et renforce avant tout l’émotion ainsi dégagée par l’acteur. Instinctivement, ces éléments font naître chez le spectateur de la compassion mêlée à de l’admiration pour ce personnage ô combien courageux. Mais il faut également souligner le talent de son compère, Jared Leto. Tous deux forment un couple efficace, accentuant la force du film.

Porté par deux acteurs dotés d’un charisme inné, Dallas Buyers Club est l’hommage, la reconnaissance d’une vie, d’un combat contre la maladie et tous les barrages aussi bien physiques que matériels que cet homme a pu rencontrer. Il est également une prise de conscience pour le spectateur découvrant alors certaines réalités dont il est désormais bon d’évoquer. Un film sincère, en plus d’être poignant. 

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