Tonnerre – Critique du film et interview exclusive de Guillaume Brac


Mercredi 29 janvier sort Tonnerre, de Guillaume Brac avec Vincent Macaigne, Solène Rigot et Bernard Ménez. Superbobine avait pu voir le film en Octobre dernier au Festival International du film indépendant de Bordeaux, où le film était en compétition et a remporté la Lune d’Or (prix du jury présidé par Anne Parillaud). Nous avions également pu rencontrer le réalisateur et lui poser quelques questions.

Synopsis

Nous suivons le personnage joué par Vincent Macaigne, un musicien ayant eu un petit succès critique mais qui n’a pas encore réussi à complètement percer. Il retourne vivre chez son père, joué par l’excellent Bernard Ménez, pour se ressourcer et tenter de composer un nouvel album. Il y fait alors la rencontre d’une jeune femme venue l’interviewer, dont il tombe rapidement amoureux. Mais la passion cède vite place à l’obsession.

Un très bon scénario

Tonnerre a pour qualité première de disposer d’un très bon scénario, avec des événements surprenants, qui ne nous laissent jamais sur notre faim. Allant de rebondissement en rebondissement, le film brise nos idées reçues et lorsque l’on croit comprendre sa direction, il nous emmène vers une tout autre. La réalisation soignée donne un aspect très réaliste au film, et les personnages sont très touchants.

On pourrait qualifier ce film de « comédie romantico-dramatique », mais il est en réalité très difficile de le ranger dans une catégorie puisqu’il mêle les genres. La première moitié du film est très drôle avec des scènes cocasses et des répliques qui font mouches, puis nous basculons rapidement dans un drame amoureux. La différence d’âge et la jalousie, mais aussi la véracité des sentiments (ou non ?) sont les thèmes majeurs de ce film, et ils sont traités avec beaucoup de justesse.

Source : Les Inrocks

Des acteurs qui sonnent justes

Ce n’est pas étonnant que Tonnerre est remporté un festival de cinéma indépendant, puisqu’il en possède l’essence même. Film à petit budget (un peu plus d’un million d’euros), parfois « film de genre », il est avant tout un de ceux qui propose des personnages complexes et réalistes. Une empathie est donc créée entre le public et les protagonistes, grâce à des acteurs talentueux.

Vincent Macaigne fait partie de cette nouvelle génération d’acteurs et réalisateurs (tout comme Guillaume Brac) mis en avant en 2013 par les Cahiers du cinéma, et il était déjà très bon dans La Bataille de Solférino. Ici, il est bouleversant dans le rôle de ce chanteur oublié, un peu perdu tant dans sa vie que dans ses sentiments. Solène Rigot est également très talentueuse. 

Outre l’histoire d’amour, Tonnerre est peut-être en réalité bien plus un film sur les relations pères/fils, sur leurs maladresses mais surtout sur les liens forts qu’elles induisent. Bernard Ménez joue alors un père un peu maladroit, qui essaye de rattraper une relation qui fut autrefois distante avec son fils.

Des images sublimes

Le film fut tourné dans la petite ville de Tonnerre, dans l’Yonne. Ses magnifiques paysages se marient magnifiquement bien avec la trame. Lorsque le film bascule dans une sorte de thriller, le paysage enneigé le rend d’autant plus glaçant, et le spectateur est alors captivé. Tonnerre est donc un film beau et intelligent, qui change des grosses productions pour se centrer vers l’essentiel : les sentiments et les relations. Le choix de tourner dans une petite ville, en pleine nature, s’expliquent alors facilement : le réalisateur nous livre une histoire dépouillée de tous artifices, pour nous en livrer la substantifique moelle. 

Tonnerre est donc un film qui sonne vrai, qui est drôle quand il le faut puis touchant lorsque c’est le moment. Le réalisateur Guillaume Brac s’y révèle réellement comme un espoir du cinéma français, et confirme le talent de Vincent Macaigne. Ce film a toutes les qualités pour espérer une nomination au César du meilleur premier film, même s’il risque malheureusement de sortir de façon trop confidentielle. 

Clément Corbiat, janvier 2014

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RENCONTRE AVEC GUILLAUME BRAC

Superbobine : Outre l’histoire d’amour, diriez-vous que Tonnerre est avant tout un film sur les relations père-fils ?

Guillaume Brac : Je pense que c’est les deux. Au départ je voulais raconter cette histoire d’amour, obsessionnelle, qui tourner mal, avec ces personnages. Mais très vite je me suis rendu compte que ça ne suffirait pas, que le film avait en quelque sorte besoin d’autre chose.

SB : Donc l’idée du père est venue après ?

G. B. : En fait j’avais aussi développé plusieurs projets assez proches sur une relation père-fils, et les histoires se sont mélangées. Ça arrive assez souvent quand on travaille sur plusieurs projets, un jour le film se développe quand on se rend-compte qu’il serait plus riche si c’était le mélange de deux histoires. Je n’assumais pas le fait d’uniquement raconter cette histoire d’amour, je trouvais ça un peu complaisant, presque un peu narcissique etc. Et je trouvais que le fait qu’il y est en parallèle cette relation, qui est dans un sens plus universelle, entre le père et le fils, qui met en jeu d’autres générations, je trouvais que ça enrichissait beaucoup le film. Sinon, je trouve que l’histoire aurait été trop simple.

SB : Quel est votre point de vue sur les réactions de votre personnage principal, on sent que vous ne le jugez pas ?

G. B. : J’essaye de ne pas le juger, mais j’essaye et j’espère aussi ne pas être trop complaisant avec lui. C’est pour ça que c’est important quand son père lui dit qu’il n’essaye pas de comprendre les gens, qu’il les juge.

SB : Le point fort du film, c’est cette impression de « vrai », une histoire que l’on pourrait trouver dans la rubrique faits-divers.

G.B. : Le film flirte avec le fait divers, et n’y tombe pas complètement, reste sur le bord du fait divers ; ça, ça me plaisait. Ce qui me plaisait aussi c’est cette histoire du fantasme et du cauchemar, cette histoire qui peut tous nous arriver, mais que l’on évite heureusement dans 99% des cas. Mais là, tout d’un coup, le rôle du cinéma et de la fiction c’est de dépasser cette frontière-là et d’imaginer ce dont on pourrait être capable.

SB : Merci beaucoup.

G.B. : Merci à vous.

Propos recueuillis par Clément Corbiat

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