Le percutant et bouleversant « 12 Years A Slave »


La lumière se rallume, les applaudissements se font entendre, la magie du cinéma a une fois de plus opéré. Signé Steve McQueen, 12 Years A Slave est le genre d’œuvre cinématographique ne pouvant laisser de marbre le spectateur, alors ému au plus haut point. Voici notre critique d’un futur film oscarisé.

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En toute sobriété, le film commence avec un fond noir, sur lequel apparait une expression hautement significative pour la suite : « inspiré d’une histoire vraie ». 12 Years a Slave retrace une période de la vie de Solomon Northup, homme libre de couleur noire, dans laquelle il se fait arbitrairement enlever… pour injustement devenir esclave dans les Etats américains du sud. Le film est donc le récit d’une vie ô combien exceptionnelle mais également bouleversante, permettant alors de lever le voile sur l’esclavage des noirs et le dénoncer sans aucune retenue mais tout en finesse et subtilité. Le genre de thème qui a pourtant été traité plusieurs fois au cinéma ! Mais rarement avec une telle justesse. Aucunement caricatural, historiquement fidèle, ce film entremelant les valeurs de courage et de dignité plonge au cœur du sujet et fait émerger les questions les plus profondes, puis nous soumet ainsi son point de vue qui ne peut qu’être partagé par un grand nombre d’entre nous. Nous dévoilant le quotidien, l’enfer, la survie de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants qui ont tant souffert pour assouvir la futilité de leurs semblables, le film devient alors le meilleur hommage que le cinéma pouvait leur faire. D’autant plus qu’il est sincère : pas de tire-larmes, encore moins de scènes niaises dont le seul but serait d’émouvoir le spectateur inutilement et de le berner en conséquence. Le spectateur peut cependant reprocher à 12 years a slave de ne prendre peu de risques puisqu’il garde tout de même les traits d’un film consensuel. Force est néanmoins de constater que le travail effectué pour mettre cette histoire sur grand écran reste indiscutablement de grande qualité.

Avec une telle intelligence dans la trame scénaristique, le spectateur se retrouve très vite captivé, envouté, emporté durant les deux heures du film. Chaque scène lui est intéressante. Mais il est aussi frustré, dégouté, outré par certaines situations. Car le réalisateur, voulant jouer avec l’objectivité des faits, n’a pas écarté la violence, la brutalité des événements. Tout simplement pour nous rappeler qu’il faut voir la vérité en face et que ce qu’il s’est passé à l’encontre des esclaves est dénonciable et condamnable. Certains passages vous seront poignants. Choquants. Rentrant clairement dans cette tendance hollywoodienne à condamner le passé des Etats-Unis, ce film n’accorde aucune pitié ou presque pour les américains esclavagistes et ne tends pas à modérer son point de vue.

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Et ce qui fait également la force du film est le fait qu’il soit percutant en tous points : les dialogues sont tenaces, la mise en scène est efficace. Le tout avec un rythme bien dosé, une durée suffisante. Ainsi, le spectateur ne peut qu’applaudir la réalisation de Steve McQueen, en aucun cas révolutionnaire certes, mais dont on capte le souci du détail et de la perfection. En plus de filmer habilement les visages et situations pour justement percuter le spectateur, « 12 Years A Slave » joue avec la subtilité de l’esthétisme, et nous dévoile de magnifiques images : les couleurs sont justement traitées, tout comme la lumière et les contrastes. La musique, intense, est également très importante dans le film (Hans Zimmer aux commandes !), sans doute moins que les sons puisque ceux-ci sont omniprésents mais si bien utilisés…  les coups de fouets raisonnent dans nos têtes. Le spectateur peut également se rendre compte de la beauté des décors, costumes et maquillages, renforçant alors la crédibilité du film, qui se veut la retranscription de toute une époque.

Quant au casting, il est indispensable de noter que le jeu de Chiwetel Ejiofor est fait de justesse et de sensibilité, et l’acteur n’hésite pas à nous transmettre toute son émotion. Entouré de Michael Fassbender, celui-ci se montre charismatique et non moins convaincant tandis que Benedict Cumberbatch – impeccable – interprète un personnage aux traits sympathiques. Plusieurs acteurs tous aussi talentueux gravitent autour d’eux, et participent eux-aussi à l’efficacité du récit. Mention spéciale à Paul Dano puant la cruauté et Lupita Nyong’o totalement ancrée dans son personnage-martyr. 

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Vous l’aurez donc compris, 12 years a slave est une véritable pépite cinématographique. Prenant le spectateur par la gorge, ce film grand public mais de qualité est mémorable de par son poignant récit, l’indiscutable talent du réalisateur Steve McQueen et l’interprétation des acteurs sans aucune fausse note.  L’œuvre de ce début d’année à ne pas manquer, c’est bel et bien celle-ci. 

Par Yohann Sed

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