« UNE AUTRE VIE » – mélodrame fade et peu convaincant : passez votre chemin !


Le nouveau long-métrage d’Emmanuel Mouret sort enfin sur grand écran. Cette fois-ci, le réalisateur s’est montré courageux si ce n’est audacieux : ayant réalisé de nombreuses comédies romantiques, il s’essaie au drame romanesque avec « une autre vie ». Présenté au festival de Locarno de 2013 et mettant en scène trois acteurs qui n’ont plus de secrets pour nous (Joey Starr, Virginie Ledoyen, Jasmine Trinca), le film a tout pour nous attirer ! D’autant plus que le synopsis nous rend curieux et tout aussi intéressés : l’histoire d’un modeste électricien tombant amoureux d’une célèbre pianiste aux petits airs de bourgeoise. Les deux amants veulent changer de vie… Mais la compagne de Jean l’électricien ferait tout pour garder l’homme qu’elle aime. Vous l’aurez donc compris : nous avons rendez-vous avec une histoire d’amour comme le cinéma français aime tant en dévoiler..!

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« Une autre vie » avait ainsi toutes les raisons d’être un excellent film. Mais alors que l’histoire de base semble intéressante et est en somme très belle, elle est pourtant mal exploitée. Rien de palpitant et d’enivrant dans ce triangle amoureux, il faut bien le reconnaitre. Le scénario se fige, tout est long. Bien trop long ! Avec ce genre de thème, il est regrettable d’arriver à ce genre de résultat : force est de constater que la culpabilité, l’hésitation, l’écart entre les différentes classes sociales ne sont pas traités de la façon la plus aboutie qui soit. Le spectateur capte pourtant l’effort du réalisateur de tenter d’explorer ces sujets à la fois vastes et pas toujours faciles à reproduire au cinéma, mais la façon dont tout cela est transposé devant sa caméra ruine les messages et constatations qu’il veut faire passer dans son œuvre.

Et la mise en scène n’arrange rien, malheureusement. L’enchainement des scènes est maladroit, les dialogues sont fades, sonnent faux, et tournent parfois même au ridicule. Et l’on remarque très vite que les acteurs, que l’on sait pourtant très talentueux (en particulier la formidable Jasmine Trinca) et qui font du mieux qu’ils peuvent, ne semblent pas tout à fait convaincus eux-mêmes. Le film est également la preuve qu’il faut impérativement arrêter la comparaison de Joey Starr à Lino Ventura : il n’en a ni le charisme, encore moins le talent. D’autant plus qu’il n’est certainement pas crédible dans ce genre de rôle.

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Il est donc cruellement regrettable que cette histoire d’amour, d’une beauté certaine, soit mal exploitée. Car la caméra d’Emmanuel Mouret sait bien filmer, planter le décor : un magnifique environnement, les beaux paysages, les lumières du sud. La musique, quant à elle, est sublime, mais ne fait pas décoller les situations, encore moins l’émotion : elle confirme plutôt l’impuissance des acteurs face à cette mise en scène sans aucune âme.

Ainsi, il est évident que le tout manque cruellement de chaleur, et même de fantaisie. L’effet sur le spectateur n’opère donc pas : aucune émotion ne se dégage du film. Dans ce faux-semblant de poésie et de lyrisme, le spectateur ne ressent pratiquement rien, si ce n’est l’ennui. Peu transporté, se sentant encore moins concerné pour une histoire qui pourtant est le reflet du quotidien, le spectateur hésite à quitter la salle. Mais il reste tout de même curieux de connaitre la fin… et cela l’embête un peu de partir au beau milieu de la séance alors qu’il a encore le prix du ticket en travers de la gorge !

On ne regrette pas le fond d’ « une autre vie » mais plutôt la forme : l’histoire est belle, la façon dont elle est racontée n’émerveille en aucun cas le spectateur. La déception est grande. Dommage… Refaites de la comédie, monsieur Mouret !

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