« Yves Saint Laurent » ou les remarquables performances de P. Niney et G. Gallienne


Seulement cinq ans après la mort d’Yves Saint-Laurent, sort sur grand écran le récit de sa vie, réalisé par Jalil Lespert, avec en tête d’affiche deux acteurs venus tout droit de la Comédie Française, Pierre Niney et Guillaume Gallienne.

Tournage YSL

Retraçant la période 1957-1976, années dans lesquelles Yves Saint Laurent devient Yves Saint Laurent, le film soulève tout de même quelques interrogations quant au véritable intérêt – voire la nécessité ! – de faire un biopic sur cet homme, pourtant aussi emblématique soit-il : la vie d’Yves Saint-Laurent est-elle si fantastique pour la transposer sur Grand Ecran ? Cela n’entre-t-il pas dans cette tendance à faire des biopics à tire-larigot sur toute personne un minimum célèbre ? N’y-a-t-il pas d’autres sujets plus intéressants à évoquer au cinéma que celui-ci..? Quoiqu’il en soit, malgré les nombreux aprioris que le film suscite chez un bon nombre des spectateurs, force est de constater que la surprise est de mise dans ce long métrage d’1h45min.

Oui, « Yves Saint Laurent » est un film surprenant. Le spectateur se rend compte très rapidement qu’il ne connait rien, ou pratiquement rien, de la vie de ce génie de la mode. Et c’est en cela que le film devient intéressant. On y découvre un personnage torturé, au caractère très particulier alliant l’égocentrisme au perfectionnisme, la colère à la sensibilité, l’exotisme de sa personnalité à la modernité de son talent. On y apprend les débuts de l’empire YSL, en passant par la période qui l’a amené à créer son propre empire de la haute-couture, à son nom. On y constate la véritable importance de l’ange-gardien Pierre Bergé, dans l’existence du tumultueux Yves Saint Laurent. Car cette œuvre cinématographique est avant tout une histoire d’amour, le récit de la relation parfois si houleuse entre les deux hommes, pourtant indispensables l’un de l’autre.

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Pour mettre en scène tout cela, le réalisateur a choisi l’élégance, à l’image des créations du maître. Doté d’un scénario riche, le film joue avant tout sur l’émotion. Emotion qui se dégage à chaque instant où la voix-off apparait : Guillaume Gallienne, dans la peau de Pierre Bergé, nous raconte l’histoire de son compagnon, avec une voix pleine de mélancolie et de souvenirs, soucieuse de revenir en ces temps qui ont fait son bonheur… et ses peines. Cette voix arrive toujours au bon moment, donnant aux scènes en question une atmosphère solennelle et frissonnante, le tout accompagné par une musique sublime, tout simplement. La première partie du film est véritablement très bien menée, et est sans nul doute la plus intéressante et la plus réussie. La seconde partie, quant à elle, est le petit bémol du film : principalement centrée sur la vie privée (les situations parfois surprenantes dans lesquelles se trouve Yves Sant Laurent !) et non plus sur la mise en place de la maison de couture, elle devient donc moins efficace aux vues du spectateur et montre que le film se finit au bon moment, avant qu’il ne tourne en rond et finisse par lasser. Vous l’aurez donc compris, les 1h45 suffisent amplement.

Mais la principale force de ce film tient en un seul mot : distribution. Le couple de la comédie française est absolument majestueux, éclatant de talent, stupéfiant de perfection. Pierre Niney, dans la peau du génie de la mode, est soucieux de reproduire les moindres faits et gestes, les manières, les façons de parler. Son interprétation ne mérite qu’éloges. Quant à Guillaume Gallienne, il prouve une fois de plus qu’il tend à devenir un acteur remarquable : impeccable, dans le rôle de Pierre Bergé. N’oublions tout de même pas Charlotte Le Bon, fidèle à elle-même, en outre pétillante et donnant un vent de fraicheur et de fougue.

« Yves Saint Laurent », qui dévoile avant tout le talent absolument remarquable de Niney et Gallienne, n’est certes pas un film indispensable mais reste néanmoins intéressant puisqu’il permet d’en savoir un peu plus sur l’homme qu’était Yves Saint Laurent.

Et si ce film ne vous tente pas, pas de panique : un autre biopic, intitulé « Saint Laurent », sort en avril… 

Par Yohann  Sed

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