Rencontre avec le comédien Gérard Dubouche


Le cinéma ou le théâtre, c’est quelques acteurs stars que l’on voit partout, mais c’est aussi et surtout des milliers d’autres qui permettent à ces arts d’être aussi riches et prolifiques. SuperBobine est allé à la rencontre d’un comédien qui se tient loin des strates et paillettes du show-Biz, mais qui a déjà derrière lui une carrière très fournie, et qui, de surcroît, est très talentueux : Gérard Dubouche. Connu essentiellement pour ses petits rôles au cinéma et ses quelques passages dans l’émission On n’demande qu’à en rire de Laurent Ruquier, Gérard est actuellement à l’affiche d’une pièce de théâtre, Les Pieds Tanqués. Rencontre.

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« Mon métier c’est comédien, pas vedette. »

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1) Vous avez fait partie de l’émission « On n’demande qu’à en rire » de Laurent Ruquier. Que vous a apporté cette exposition médiatique ?

Rien. Je n’ai fait que cinq passages. Ce n’est pas suffisant pour être réellement exposé médiatiquement. En outre, j’ai été surpris cet été, au festival d’Avignon, de voir des humoristes avec plusieurs dizaines de passages dans ONDAR distribuer des tracts pour remplir leur salle. Comme quoi, cette émission n’a sans doute bénéficié qu’à une minorité d’artistes.

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« Je ne suis pas une machine à pondre des sketchs. Ayant compris qu’il m’en aurait fallu des dizaines pour commencer à, éventuellement, marquer les esprits je ne me voyais pas faire des aller-retour Marseille Paris pendant plusieurs mois. »

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2) Vous avez décidé de quitter cette émission de vous-même. Quelles en étaient les raisons ?

Si je n’avais pas écrit mon dernier sketch entre le train et ma loge, juste avant l’émission, je n’aurais sans doute pas été buzzé et j’aurais continué. J’ai simplement refusé de venir le lundi suivant. Je n’étais pas assez motivé. J’ai passé l’âge d’aller chercher le succès à tous prix. Et puis, je ne suis pas une machine à pondre des sketchs. Ayant compris qu’il m’en aurait fallu des dizaines pour commencer à, éventuellement, marquer les esprits je ne me voyais pas faire des aller-retour Marseille Paris pendant plusieurs mois. En outre, j’avais du mal avec le jury, son manque de discernement, les petits arrangements, l’humour potache, et surtout le fait qu’on fasse un montage des sketchs et qu’on n’hésite pas à les découper sans demander l’avis des artistes.

3) Vous faites du théâtre, du One Man Show et du cinéma. Vous êtes un hyperactif du travail ?

Hyperactif moi ? Pas du tout. Effectivement, j’ai plusieurs casquettes et il y a deux raisons à ça. La plus noble : Je suis un artiste et j’ai besoin de m’exprimer. La plus inavouable : Je suis un être humain et j’ai besoin de bouffer. Donc je multiplie les activités pour gagner modestement ma vie. Comme disais Coluche « Du travail ? De l’argent suffirait… »

4) Qu’est ce qu’il vous plait le plus dans votre métier de comédien ?

Tout. J’ai la chance de pouvoir vivre du métier que j’ai toujours voulu faire. Que demander de plus ?

5) Comment êtes vous entré dans ce milieu ?

A la sortie du cours Florent, j’ai joué dans mon premier spectacle professionnel. « Regain » au théâtre d’Anthony en région parisienne aux côtés de Claude Brosset. Comme jeune comédien, j’ai fais mes premier pas devant la caméra dans des épisodes de « Tribunal » avec ce fameux juge aux cheveux blancs… mais je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans… Après, les choses se sont enchaînées naturellement.

(Gérard dans On n’demande qu’à en rire, capture d’écran)

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« Pour faire une analogie avec le foot, Jean Dujardin est attaquant dans une équipe de champions ligue, Vincent Perez joue le milieu de tableau en ligue 1, et moi je suis sur le banc en CFA. Je rentre rarement sur le terrain mais quand je joue, je mouille le maillot. »

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6) On vous voit souvent au cinéma dans des petits rôles : un gendarme dans « l’élève Ducobu », un conducteur de camion poubelle dans « Vive la France », un chef routier dans « Un prince (presque) charmant », etc … A quand pompier, patron d’une boîte de nuit, ou grand chirurgien ?

J’ai aussi fait commissaire, inspecteur, simple flic, cuisinier, adjoint au maire, vigile, syndicaliste, résistant, militaire, truand, plombier, serveur, barman, commerçant, brocanteur, commercial, joueur de foot, médecin légiste… etc… et j’en passe.

7) N’est-ce pas trop frustrant de jouer des seconds rôles ?

Comme dit le proverbe intermittent : « il n’y a pas de petits rôles, il n’y a que des petits cachets ! » C’est vrai que j’ai souvent des seconds rôles voir des troisièmes ou quatrièmes rôles. Mais non, je ne suis pas frustré (en tous cas pas professionnellement pour le reste, je réserve ça à mon psy). D’abord parce que j’ai la chance de m’exprimer au théâtre dans des rôles plus importants. En suite parce que c’est la réalité du métier. Il y a les têtes d’affiche, les grands seconds rôles puis les interchangeables. Je fais partie de la dernière catégorie. Le gars qui connaît son boulot, qu’on choisit en premier lieu parce qu’il a le physique du personnage et surtout parce qu’il est libre le jour du tournage. Pour faire une analogie avec le foot, Jean Dujardin est attaquant dans une équipe de champions ligue, Vincent Perez joue le milieu de tableau en ligue un, et moi je suis sur le banc en CFA. Je rentre rarement sur le terrain mais quand je joue, je mouille le maillot. Je serais bien ingrat d’être frustré alors que je fais un métier plus que confortable.

8) Vous avez l’air détaché du monde des célébrités, des strates et des paillettes. Ce monde ne vous correspond pas ?

Je ne sais pas si il ne me correspond pas. On ne m’a jamais invité à y entrer. Mais en faire partie n’a jamais été un objectif. Je faisais déjà des imitations à 10 ans et du théâtre amateur à 12. Quand j’ai compris qu’on pouvait vivre de ça, je me suis dit que ce serait moins chiant que d’aller à l’usine ou au bureau. J’ai donc fait de cette passion un métier. Et mon métier c’est comédien, pas vedette.

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« Je considère que [Dieudonné] est le meilleur humoriste actuel. Je parle de la qualité de son écriture, de son sens du rythme et de la rupture, de la justesse de la composition des personnages qu’il incarne. Alors si la question est de savoir si je partage ses positions politiques : NON. »

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9) Quelles sont vos références et inspirations en matière d’humour ?

Ce que j’aime avant tout dans l’humour, c’est quand je trouve ça drôle ! (Je tiens à préciser, pour ceux qui en sont dépourvu, que la phrase ci-avant est une phrase pleine d’humour) J’aime bien quand il y a un fond social. J’apprécie la performance d’acteur, la composition de personnages. Je n’ai pas réellement de références. Mais si je devais citer un artiste dont je me sens assez proche, ce serait Dieudonné.

10) Vous citez Dieudonné dans vos références. Vous pensez donc que l’on doit différencier l’artiste de l’homme, en toutes circonstances ? Et que pensez-vous de son boycott par les médias ? »

Je cite Dieudonné car je considère que c’est le meilleur humoriste actuel. Je parle de la qualité de son écriture, de son sens du rythme et de la rupture, de la justesse de la composition des personnages qu’il incarne. Alors si la question est de savoir si je partage ses positions politiques : NON. Je suis cet artiste depuis longtemps et je reconnais qu’aujourd’hui j’ai du mal à faire la part des choses entre la provocation et ses convictions réelles. Je ne le connais pas personnellement donc je suis incapable de me faire une opinion fondée. L’anti sionisme est devenu une sorte de fond de commerce pour lui. Une partie de son public attend de lui qu’il en remette une couche. Je le regrette car je trouve cela contre productif. Même si c’est son droit de s’exprimer contre la politique de l’état d’Israël ou de rappeler que le peuple juif n’est pas le seul à avoir été touché par un génocide, je pense qu’il pourrait le faire sur scène avec une volonté d’apaisement plutôt que polémique. Mais beaucoup critiquent Dieudonné sans jamais avoir vu le moindre de ses sketchs. « Le cancer », « le conseil de classe », « le dictateur africain », « les pygmés », « la drogue » sont par exemple absolument à voir. Alors, il en faut pour tous les goûts, et si l’on ne veut pas être bousculé, on peut préférer Anne Roumanoff, Gad Elmaleh ou les Chevalliers du Fiel voir Mimi Mathy et je peux le comprendre. Pour ce qui est du boycott de Dieudonné dans les médias je trouve ça inadmissible. Ce qu’il faut en retenir c’est que ceux qui ont voulu lui nuire l’ont finalement servi. En le stigmatisant il est devenu un sujet de curiosité et un phénomène médiatique. Il y a d’ailleurs un reportage « La bête noire » qui en dit long sur Dieudonné et cette épisode. Pour ceux qui considèrent que Dieudonné va trop loin, qu’ils aillent voir du côté de Déproges avec « les juifs » ou « Les étrangers sont nuls » ? En tous cas, je vous remercie de m’avoir demandé mon avis sur Dieudonné. J’aurais pu aller plus loin dans l’analyse mais je ne suis ni son attaché de presse, ni son porte parole. J’imagine qu’avec ces quelques lignes, je me suis encore fait de nombreux amis… Vous venez d’assister à un « auto-quennellage ». Faut que j’apprenne à fermer ma gueule.

11) Pouvez-vous nous parler des « Pieds tanqués » ?

(Les comédiens jouant dans lesPieds tanqués,source photo : www.ville-pertuis.fr)

Les pieds tanqués ? Un provençal, un arabe, un pied-noir et un parisien qui ont tous un rapport avec l’Algérie. Ils font une partie de pétanque le jour des attentas perpétrés par le GIA dans le métro Saint-Michel. Ce drame fait remonter à la surface des souvenirs, des souffrances, des divergences. Un spectacle sur le comment vivre ensemble avec cette histoire de la guerre d’Algérie qui continue à nous encombrer. On y rit, on y pleure. Un superbe texte de Philippe Chuyen. Un spectacle dont les spectateurs ne sortent pas indemnes. C’est sans aucun doute la pièce la plus forte que j’ai jamais joué. Je ne peux que vous inviter à venir quand ils passeront vers chez vous. Vous ne le regretterez pas.

12) Avez-vous d’autres projets  ?

J’ai écrit un long métrage pour le cinéma avec mon ami Sofiane Belmouden. Le scénario existe. Deviendra-t-il un film ? Seul le temps le dira, mais nous faisons tout pour. Je suis actuellement à l’écriture d’un nouveau spectacle avec Didier landucci (les bonimenteurs) que nous présenterons cet été au festival d’Avignon.

13) Un dernier mot ?

J’ai déjà été assez bavard, non ? 

Merci beaucoup !

Merci beaucoup, bonne soirée !

Propos recueillis par Clément Corbiat, novembre 2013

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