A table ! Guillaume et les garçons vous attendent


Salut à tous ! Mercredi est sorti un film que j’attendais tout particulièrement depuis sa présentation dans le cadre de la quinzaine des réalisateurs à Cannes en mai dernier ; il s’agit des Garçons et Guillaume à table !, de et avec Guillaume Gallienne, de la comédie française.

Au coeur de la famille Galienne

Ce film autobiographique, bien que les traits soient forcés pour provoquer le rire, raconte l’adolescence de Guillaume Gallienne qui était persuadé d’être une fille. Et oui, par mimétisme envers sa mère, et surtout pour lui faire plaisir car elle projetait sur lui ses envies d’avoir une fille, Guillaume se concevait réellement comme un personnage féminin. Ainsi, enfant il regardait les garçons car il trouvait ça normal, en tant que fille, de les regarder. Le titre fait référence à une phrase que prononçait régulièrement sa mère, et qui mettait donc en doute le fait qu’il soit un garçon lui aussi. Ce film est l’histoire d’un Coming-Out à l’envers, puisque en grandissant il va comprendre qu’il est un homme, et de surcroît, qu’il aime les filles.

Guillaume Gallienne réalise ici son premier film

Source image : lemonde.fr

Une mise en scène réussie

Ce film est adapté de la pièce de théâtre éponyme de Guillaume Gallienne, et s’en inspire jusque dans la mise en forme. Il y a une mise en abyme puisque le film démarre sur scène où nous voyons Guillaume y faire son spectacle, et à chaque anecdote, nous revenons en arrière dans sa vie en en voyant les images.

La réalisation est donc très intéressante. Il est aussi à noter que les couleurs sont très sombres, ce qui m’a un peu gêné, voir angoissé. Mais cela se comprend par le fait que le film se centre sur une période où Guillaume n’est en fait pas heureux alors qu’il se fait croire le contraire, car il se cherche et ne se connait pas réellement.

La difficile relation mère/fils

La qualité principale de ce film est qu’il est très intelligent, et qu’il parle de sujet très délicats avec énormément de distance et de décalage, pour provoquer le rire. Le thème majeur est la relation mère/fils, et cette mère castratrice, à l’image de la « Mother » de la chanson des Pink Floyd.

Guillaume joue le rôle de sa propre mère

 Source image : premiere.fr

En effet, Guillaume ne vit que pour elle, et fait tout pour lui ressembler. Il ne met pas de distance entre lui et elle, si bien que dans le film, c’est Guillaume Gallienne qui interprète les deux personnages. D’ailleurs, c’est une des réussites du film car il est très convaincant dans le rôle de sa mère, et c’est une manière très fine de nous montrer ce qu’il ressentait à cette époque de sa vie. Car ce film est comme une psychanalyse pour lui, comme une quête initiatique où Guillaume est à la recherche de sa véritable identité. Il ne sait pas qui il est, il n’a en réalité pas de véritable identité puisqu’il se calque sur sa mère. Ainsi, dès qu’il a un souci, il parle à sa conscience qui est en fait l’image de sa mère, comme s’il n’arrivait pas à s’assumer.

Guillaume et les garçons à table ! dénonce aussi l’homophobie, puisque tout le monde croit qu’il est homosexuel, et nous voyons les différents points de vue face à cela. Toutes les réactions possibles sont exploitées, de l’homophobie primaire dans les dortoirs d’un pensionnat, à l’attitude distante et désabusée du père, en passant par la connivence des tantes qui sont contentes de pouvoir parler potins avec quelqu’un qui, pensent-elles, ont les mêmes centres d’intérêts qu’elles.

Mais ris-t-on vraiment ?

Il y’a pas mal d’humour dans ce film, même s’il faut attendre la dernière demi-heure pour avoir le premier véritable éclat de rire.

Je ferais comme critique qu’il y’a parfois un côté un peu trop « bobo parisien » qui m’a un peu fait perdre ma concentration. Et le côté castrateur de la mère ainsi que ce gars paumé face à nous sont, je trouve, assez anxiogènes.

Mais comme il faut juger un film dans son ensemble et non pas sur des morceaux isolés, je dirais que c’est un bon film, car il est vraiment très fin et intelligent. Il est aussi important de saluer la performance de Guillaume Gallienne, qui est très juste et touchant.

Je pense que c’est tout à fait le genre de film qui peut plaire à l’académie des César, et je lui prévois, en février prochain, le César de la meilleure première œuvre.

Par Clément Corbiat

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