« La Vénus à la Fourrure » ou tout le génie de Polanski en un seul film


Répulsion, Rosemary’s Baby, Chinatown, Tess, Le Pianiste, The Ghost Writer… Que peut encore nous concocter roman Polanski après tous ces chefs-d’œuvre ?  La réponse est simple : « la venus à fourrure » évidemment ! Pourtant, à première vue, le scepticisme planait. « Carnage », son précédent long-métrage était l’adaptation d’une pièce de THEATRE, et « la vénus à la fourrure » reprend les codes du THEATRE. Il ne tournerait pas un petit peu en rond ce cher Polanksi ? Eh bien non ! Bien Au contraire, il n’a rarement été autant inspiré. Une fois de plus, notre bon vieux Roman est au sommet de son art…

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Source image : troiscouleurs.fr

« la vénus à fourrure », c’est l’histoire d’un metteur en scène, Matthieu Amalric, complètement désespéré qui n’arrive pas à trouver LA comédienne susceptible de jouer le rôle principal de sa pièce… jusqu’au moment où il tombe nez à nez avec une certaine Emmanuelle Seigner, à la personnalité bien particulière.

Au début de ce film, l’impression d’assister à un vaudeville se dessine : deux personnes aux caractères totalement opposés, des petites situations rocambolesques, des dialogues percutants et qui prêtent à sourire, ainsi que de l’humour bien trempé, notamment du côté du personnage incarné par Emmanuelle Seigner, la muse du réalisateur. Mais voilà, avec ce réalisateur, cela ne peut en rester à ce stade. Roman Polanski veut prendre des risques et bouscule alors tous les codes du théâtre pour donner à son œuvre un aspect sombre et tragique dans une atmosphère à la fois inquiétante, troublante, pesante. La confusion règne, le spectateur ne sais plus quoi penser, ne sait où donner de la tête. Le passage de la bonne humeur à la stupeur nous désoriente et les retournements de situations vont bon train. Les personnages se mélent et s’entremelent, l’homme devenant femme, la femme devenant l’homme, le dominé prends l’habit du dominant, le dominant devient le dominé. Ce qui fait qu’à aucun moment le spectateur ne peut savoir comment son histoire va se terminer. Bref, tout un mélange de situations et de sensations qui font la force de cette œuvre magistralement intense et majestueusement réussie.

Tout le génie de Roman Polanski est déployé. Principalement dans l’écriture de ce film que ce soit dans la trame scénaristique ou dans les dialogues. Tout est profondément travaillé pour retrouver à chaque instant toute une finesse et une subtilité. A aucun moment nous ne tombons dans l’excès ou même dans la vulgarité. Car les séquences sado-masochistes ne manquent pas, ce qui est tout à fait compréhensible dans la mesure où le film est l’adaptation du roman éponyme, célèbre pour ses tendances SM justement.

Et que dire de la réalisation ? Spectaculaire. Le réalisateur nous donne une petite leçon de cinéma et la constatation ne peut être qua la suivante : « la vénus à la fourrure » fait également preuve de créativité. Effectivement, la mise en scène est parfaite avec cette utilisation des bruitages et des accessoires qui ne peuvent qu’accentuer cette confusion entre imaginaire et réalité. La photographie est sublime, principalement au niveau du traitement des contrastes et la manière dont les scènes sont filmées dévoile tout le talent de Roman Polanski : le spectateur a la sensation que le film a été réalisé en une seule et même séquence, comme si le réalisateur avait donné au préalable toutes les instructions aux acteurs qui avaient ensuite le champ libre devant la caméra pendant une heure trente. Nous sommes alors installés dans un théâtre, à regarder en direct cette représentation mettant en scène deux personnages. Ceux-là sont campés par deux acteurs d’une profonde justesse : les expressions du visage de Mathieu Amalric et le charisme d’Emmanuelle Seigner accentuent indubitablement la force de ce long-métrage. Le pari n’était pourtant pas gagné d’avance, dans la mesure où il peut être difficile pour seulement deux comédiens de tenir un film dans toute sa durée. Chose qu’ils arrivent à accomplir.

« la vénus à la fourrure » est l’un de ces coups de maitre que l’on ne peut qu’applaudir pour tout le génie déployé. Réalisation irréprochable et acteurs fantastiques pour une histoire d’une folle originalité. D’abord amusant, le film devient très vite troublant, envoutant et transcendant, laissant le spectateur en proie à de terribles questions dont une en particulier : est-ce vrai tout cela…?

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