Jim Jarmusch


A l’occasion de la prochaine sortie de son dernier film : Only lovers left alive, Super Bobine vous éclaire sur les raisons de suivre Jim Jarmusch à travers sa filmographie et espère vous donner quelques clés pour mieux apprécier ou comprendre son cinéma. A la suite de cette biographie, suivront trois critiques de films réalisés par Jim Jarmusch.

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« Only lovers left alive » avec Tilda Swinton et Tom Hiddleston

 Jim Jarmusch est réalisateur, acteur, compositeur, monteur, scénariste et producteur. Né dans l’Ohio (aux Etats-Unis), où sa mère est critique de cinéma pour un journal local, il s’affirme très tôt comme cinéphile. Il déménage à New-York à l’âge de 17 ans où il étudie la littérature à Colombia. Le gout de l’écriture va le suivre durant toute sa carrière.

Il vit ensuite un an à Paris ou il passe le plus clair de son temps à la cinémathèque Française. Il découvre alors Melville et le cinéma « libre » français ainsi que de grands auteurs tel que Paul Valery et Honoré de Balzac.  

Cette influence française est vraiment visible dans sa filmographie notamment grâce à l’essence de ses histoires ou au lyrisme de ses personnages.

De retour à New-York, il s’essaie à la poésie et à la musique avant de s’inscrire dans la section cinéma de l’Université. Avec la bourse destinée à payer ses frais de scolarité, il finance Permanant  vacation, son film de fin d’étude. Bien que cela lui coûte son diplôme, il se fait remarquer, notamment par Wim Wenders qui aide au financement de son premier long-métrage Stanger than Paradise.  

Avec ce premier film, en 1984, il devient la révélation du cinéma indépendant américain et obtient la Caméra d’or au festival de Cannes.

Deux ans plus tard, il y présente en compétition officielle Down by law avec Roberto Begnini (pour leur première collaboration), Tom Waits et John Lurie. La bande son, composée par ces deux derniers, est représentative de la passion de Jim Jarmush pour la musique.

En 1989 et en 1991 sortent Mystery Train et Night on earth ; parfaitement caractéristique de la géographie fragmentée des films de Jarmusch. Dans Mystery Train, il y a trois chambres d’hôtel et dans Night on earth on trouve cinq villes différentes (Los Angeles, New-York, Rome, Paris, et Helsinki).

En 1995, la sortie de Dead Man est très remarquée. Porté par le scénario d’un road movie spirituel et la bande-son de Neil Young, ce film met réellement en place un des thèmes du cinéma de Jarmush à savoir la quête d’identité ou de spiritualité et fait de ce nouveau réalisateur un humaniste dont la caméra suit les âmes perdus. Dead Man se réapproprie l’Amérique eternelle, celle des western et des « whitman ».

En 1997, Jarmush rend hommage à Neil Young et Crazy Horse avec son premier documentaire Year of the Horse

En 1999,  Ghost Dog : way of Samourai, film violent et méditatif transmet la moral et les rites du Japon éternel. Ce film, financé par le Japon et la France, est sans doute l’un des plus accessible.

En parallèle il tourne entre 1986 et 1993 trois séries de court-métrages intitulées Coffee and cigarettes qu’il rassemble en un long métrage du même nom en 2003. Dans ces sketchs, on retrouve son univers décalé à travers les conversations absurdes et poétique ainsi que ses personnages fétiches. Une de ses scènes, présentée à Venise, lui vaut le Lion d’or.

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Entre 2002 et 2009 sortent Ten minute older, Broken Flowers et Limit of control.

Ses films dépeignent une marginalité assumée, choisie, mais aussi une solitude subie. En métissant les musiques et les hommes, ils mettent en conflit des cultures différentes. Jarmusch travaille aussi l’humour, le comique de situation ou l’absurde, souvent pour montrer l’incommunicabilité entre les êtres.

Le cinéaste préfère l’étrangeté, dans son univers il n’y a pas de paradis. Ses personnages trouvent leur vois pendant une longue nuit, le corps étranger est leur chance.

En 30 ans, Jim Jarmusch est devenu une figure emblématique du cinéma indépendant Américain pour les cinéphiles et les cinéastes, cependant il n’a jamais rencontré le grand public, ni réaliser de grosses productions américaines.

Il déclare à ce propos : « Les films sont une collaboration, et je choisis avec qui je collabore. Ce sont des artiste »

Il s’assume en marge du système hollywoodien. « C’est beaucoup de travail, être indépendant, ça vous botte le cul. Nous faisons ces films à la main. (…) C’est dur mais c’est aussi la seule manière pour moi de le faire. »

 

 Un cinéma passerelle.

Pourquoi un cinéma passerelle ? Le cinéma de Jarmusch pourrais faire le lien entre le cinéma indépendant américain et le cinéma français voir européen.

Bien que marqué par la culture américaine (avec ses paysages et la musique), les thématiques de ses films sont très rattachées à la nouvelle vague et au cinéma dit « libre »

Il considère que le cinéaste se doit d’être poète, ainsi cet « existentialisme spirituel » établie le pont avec sa singularité visuelle Nord-Américaine. Sa quête de spiritualité et ses voyages géographiques (Mystery train, Night on earth) ou intérieurs (Dead Man, Ghost dog) sont reliés à des notions philosophiques telles que l’isolationnisme ou l’appréhension de la mort. En effet la mort est intégrée à la vie, comme une mélancolie ou un fatalisme.

"Dead Man" avec  Johnny Depp

« Dead Man » avec Johnny Depp

Jarmush associe aussi cela à son style avec de nombreuses allégories et la représentation de l’esprit (par le jeu de contraste noir et blanc et aussi par la décomposition de l’image). Il développe une imagerie très européenne bucolique, romanesque mais aussi violente et magnétique. La réutilisation des genres (road-movie, western, film samourai) témoigne aussi de l’emprunte universelle du cinéma.

Très influencé par Buster Keaton, Nicholas Ray ou encore Douglas Sirk, il fréquente les cinéastes européens et s’inspire consciemment de leur lyrisme ( Wim Wenders, Aki et Mika Kaurismaki). Jarmush pourrai t’il être un cinéaste du monde ?

Acclamé par un public européen et asiatique et rejeté par l’audience américaine, Jim Jarmush est un auteur empreint d’une poésie qui dépasse les frontières.

 

Préceptes

Les films de Jim Jarmush se basent sur des personnalités fortes, nécessairement intéressantes et grâce à un scripte précis, il en fait des personnages de cinéma. Leur vie ou plutôt leur voyage va être équilibré entre légèreté et brutalité.

Tous les films de Jarmush trouvent une finalité, dans une morale ou à travers une notion de justice (plus ou moins légitime).

Son rapport aux acteurs est intéressant. Il joue avec ses propres personnages afin de servir la confrontation culturelle. C’est le cas de Roberto Begnini qui tient un rôle dans Down By law ou apprend l’anglais, ou en tant qu’émigré tahitien dans Ghost Dog ou encore en  chauffeur de taxi dans Night on earth.

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« Night On Earth » avec Roberto Benigni

Jim Jarmusch a atteint une totale maturité, il reste fidèle à ses convictions et conscience de son statut particulier en assumant ses différences. Il inscrit la totalité de ses œuvres dans une société et plus généralement dans un univers qui est riche de contradiction et d’enracinement. Ses personnages expriment le doute et les tourments de l’âme mais aussi leur encrage dans une société donnée.

En dehors du système Américain, il fait une observation humaniste et presque mystique de ceux qui, comme lui refusent d’appartenir ou d’être assimilés à l’uniformisation culturelle.

« L’authenticité est inestimable »

Lien intéressant : Les 5 règles d’or de Jim Jarmusch

Par Jacky Brown

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