FIFIB 2013 : Les étudiants face à Abdellatif Kechiche, réalisateur de « la vie d’Adèle »


Lors du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux (FIFIB – 2ème édition), la palme d’or « la vie d’Adèle » a eu le droit à une projection spéciale, dédiée aux étudiants. Notre contributrice Jacky Brown y était et vous fait part de ses impressions concernant le film avant de vous dévoiler le résumé de la rencontre entre les étudiants bordelais et le réalisateur du film, Abdellatif Kechiche…

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Adèle Exarchopoulous, Abdellatif Kechiche et Léa Seydoux à Cannes (mai 2013)

La critique de Jacky Brown

Après avoir été ovationné et primé sur la scène internationale grâce à La graine et le mulet, Abdellatif Kechiche revient avec La vie d’Adèle qui met en émoi toute la croisette. Cette palme d’Or est plus que méritée.

Adaptée du roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, cette œuvre est d’une grande humanité et d’une grande sensibilité.

Adèle, jeune lycéenne, tombe amoureuse d’Emma, une artiste en devenir. Les deux jeunes femmes connaissent la passion et les dérives de l’amour durant plusieurs années.

A la façon de Marivaux dans la Vie de Marianne, Kechiche filme Adèle Exarchopoulos dans la douceur, avec une grande admiration ainsi que beaucoup de respect. La construction de son personnage est très riche, modeste mais aussi très simple. Les scènes de sa vie quotidienne, nombreuses, lui donnent une réelle profondeur, aussi bien à travers son corps qu’à travers ses larmes. L’actrice est grandiose au point d’une confusion entre nos vies et la sienne. En face, Léa Seydoux rayonne aussi en artiste, inspirée du corps et de l’amour (un peu comme Kechiche finalement) et dont la passion va crever l’écran.

Avec une esthétique très intimiste (gros plans, beaucoup de travellings arrières en caméra épaule) les cadres sont au plus proche des personnages et de l’action. Cette camera très mobile, souvent tremblante, nous rapproche des protagonistes et permet de cerner chez eux l’incernable. On peut reconnaître une certaine démarche naturaliste mais surtout une volonté de rendre leur humanité à travers leurs défauts, leur quotidien ou leur fatigue.   Sans compter un bel aspect pictural, très présent par les couleurs et les cadrages. Presque témoin d’un certain maniérisme esthétique avec cette récurrence du bleu et des corps ainsi que quelques explosions de couleurs vives. Pour Kechiche, toutes les couleurs sont chaudes car elles sont rattachées à la vie, aux mouvements ou aux sentiments.

Dans la vie d’Adèle on ne pleure pas, on frissonne ou on est dérangé. La longueur des scènes est nécessaire à cette authenticité, à ce naturel poussé à l’extrême, parfois troublant, notamment pour les scènes de sexe, très fréquentes et très démonstratives.

Dans une vie, tout a son importance, les scènes de repas, de sommeil, de rencontre ou d’adieu font de La Vie d’Adèle une ode à la passion, aussi bien dans l’amour que dans la Vie. 

En aucun cas voyeuriste ou pro-homosexuel et sans prétention aucune, ce film fait d’une histoire d’amour un conte hédoniste sur la beauté des choses et nous donne trois heures (trop courtes) pour les admirer. 

La critique de Yohann Sed à découvrir en cliquant ICI

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Source image : Page Facebook du FIFIB

Les étudiants face à Abdellatif Kechiche : leurs question et le résumé des propos du réalisateur

Pourquoi traiter de l’homosexualité dans une période de débat ? Est-ce une prise de parti ?

Abdellatif Kechiche a plus été séduit par l’histoire d’amour, que l’histoire entre deux femmes. La force de cet amour et le caractère de ses personnages l’ont saisi. Il n’est absolument pas question de militantisme dans cette démonstration de l’amour. C’est une adaptation, donc le réalisateur a un  rapport différent à l’engagement.

Pourquoi traiter ainsi la sexualité ? Sans simulation sur des séquences assez longues ?

 Les scènes d’amour entre les deux jeunes femmes font partie des scènes de la vie. Elles sont aussi très représentatives de leur passion, elles retranscrivent l’amour qui les unit. Ces rapports doivent être montrés car ils sont aussi très beaux, habités d’un certain équilibre. Il s’agit aussi d’une expression de soi, en tant que femme et en tant qu’amant.

 Quelles sont vos inspirations ? Il y a de nombreuses références artistiques et culturelles dans La vie d’Adèle

 La Princesse de Clèves de Mme Lafayette ainsi que la Vie de Marianne de Marivaux sont deux ouvrages que j’affectionne. Notamment dans le traitement de l’évolution, de la maturité d’une adolescente à devenir femme. (Nous pouvons assez bien identifier Abdellatif Kechiche et Marivaux dans la même démarche du portrait qu’il en font de leur héroïne)

 Pourquoi avoir choisit une autre fin plutôt que celle de la bande dessinée ?

M. Kechiche ne souhaitais pas condamner Adèle, ni son amour dans la mort, mais propose alors un autre chemin avec les souvenirs encore bien présents mais vers une autre direction.

  A travers vos films, on remarque un certain intérêt pour les femmes, leur épanouissement et leur construction.

 En tant qu’homme, un personnage féminin est très mystérieux. Il est curieux de comprendre ce qui fait «  se sentir femme ». A propos de ses actrices, il aime beaucoup la découverte d’une jeune actrice qui s’ouvre au cinéma, comment elle se développe dans ce milieu et dans ses personnages. Il y a, selon lui, une sorte d’utilité dans cet épanouissement.

 Dans tous vos films, et surtout celui-ci, la bande-son est très discrète.

 En effet, dans la vie d’Adèle, ce fut difficile d’accorder des musiques à l’image. Abdellatif Kechiche n’est pas à l’aise avec la musique car il ne la maîtrise pas. Il considère que dans La vie d’Adèle, il ne s’agit pas d’une bande-son, mais plus d’un accompagnement.

 Y a t’il dans votre film, un certain regard sur le discours intellectuel, plutôt critique ?

Dans une scène en particulier, en effet, il émet une critique du discours intellectuel et artistique. Mais il n’y a aucun jugement, et cette critique n’est pas de l’ordre de l’intolérance. cela se traduit par l’opposition entre les deux femmes. Opposition de leur univers et de leurs aspirations. 

Par Jacky Brown

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