MELTIN’ KOLCHA – INTERVIEW INTEGRAL


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Bonjour. Pour commencer, pouvez-vous décrire brièvement votre groupe ainsi que chacun de ses membres ? (d’où vous venez, quels sont les membres du groupe, la moyenne d’âge du groupe, l’année de formation du groupe ?)

Salut, Meltin’ kolcha est un groupe festif avant tout, bien que les styles soient variés reggae, ska, rock, punk.. Le noyau dur (né en 2006) est composé de Didi (batterie) Flo (basse) Mushu (synthé) Loré (violon) et Moon (lead). Sur les trois dernières années nous avons intégré un nouveau guitariste (Robin), un nouveau saxophoniste (Fab) et un Trombone (Eloi) la moyenne d’âge va de 18 à 26 ans.

Meltin’ Kolcha, ça veut dire « le mélange de culture ». Avez-vous la volonté d’être représentatif de la France actuelle, ou en tout cas de ses différents courants musicaux ? 

Pas spécialement représentatif de la France actuelle mais plutôt d’une confrontation des univers comme beaucoup de groupe le font. On mélange pas pour mélanger, c’est juste qu’on aime bien quand un morceau reggae fini en punk ou quand la rythmique est métal et le chant plus ragga. C’est beaucoup dû aux influences des compositeurs (Didi et Moon) qui ont déjà à la base deux cultures musicales bien différentes. Le mélange est au départ comme un compromis pour que chacun joue ce qu’il aime et maintenant on veut plus s’en détacher.

Dans quel courant musical peut-on ranger votre musique ?

Malheureusement on est souvent classé dans le Ska festif et ça nous rend pas spécialement service. Donc pour éviter d’écrire « ska reggae dub ragga punk metal » on met « Jump up Reggae » car notre musique invite continuellement les gens à jumper lors des concerts eux même ponctués de quelques morceaux reggae ragga, ce qui cible plus facilement le public sans effrayer ceux qui n’aiment pas le ska ou le metal. Mais très franchement c’est difficile de devoir ranger sa musique dans une case surtout pour un groupe comme nous qui n’excellons pas forcement dans les courant sur lesquels on surf.

Vous avez sorti 2 Ep (Ep2k8 et Ep2k9) depuis 2009, avant de sortir votre premier album « Faya Maket Vol. 2 » en 2011. Comment l’album a-t-il été diffusé ?

L’album n’a été distribué que numériquement en fait (deeezer, itunes et tout ça) on a fait des versions physiques avec un titre en plus dessus, mais on crois pas assez dans cet album pour le faire presser et le vendre dans le commerce. Il s’agit en fait d’un album hommage qui reprend tout les titres de Faya maket Vol.1 en bonne qualité ainsi que des morceaux qu’on ne jouais plus. On a décidé de l’enregistrer lors du départ de 3 membres du groupe, histoire d’avoir une trace de ce qu’on a fait ensemble. On l’a aussi fait pour les gens qui nous découvrent puissent eux aussi écouter nos anciens titres en bonne qualité. Mais cet album est pour nous un nouveau départ, faire le point sur ce qu’on a accompli tout ensemble, faire nos adieux aux membres qui partent (d’où le côté pierre tombale du visuel) pour ensuite se lancer dans un nouvel album avec un nouveau show qu’on puisse démarcher et enfin trouver quelqu’un qui nous ferait tourner.

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Votre label c’est Meltin Record. Vous pouvez nous en parler ?

Oui c’est notre Label associatif, ça permet d’aider les meltin à faire des trucs comme payer du merch ou encaisser les cachets lors des concerts, mais on voudrais développer quelques groupes aussi qui galèrent et qui ont besoin de travailler sur eux. Du coup, on propose du coaching, quelques cours de musique, le booking, et bien sûr on organise des concerts à petit budget pour faire jouer les groupes qu’on apprécie et les adhérents de l’asso. Tu peux d’ailleurs y trouver le groupe Lnp roots family qui jouais toute l’année à bordeaux et que tu peux retrouver souvent à nos côtés.

Est-ce que vous vivez de votre passion, où est-ce que vous devez travailler à côté ?

Il y en a dans le groupe qui ont cette chance, mais ce n’est pas le cas de tous, la plupart travaillent d’autres sont encore étudiants et on ne sait pas ce que la vie réserve. Après la musique n’est pas spécialement la passion première de tous les membres du groupe donc dans un sens ces derniers vivent plus ou moins de leur passion à côté des meltin’ ! (rires)

60112_443777923770_6776694_nPeut-on rapprocher votre groupe de Dub Incorporation, groupe de reggae qui a décidé de passer par l’autoproduction (comme on le voit dans le documentaire Rude Boy Story, qui leur est consacré) ?

Je n’ai pas vu le film je ne pourrai donc pas te répondre pour ce qui est de la comparaison, mais en tout cas je la trouve très flatteuse. Je pense honnêtement que tout dépend de la qualité de la musique, un groupe qui cartonne vraiment est généralement un groupe qui fait de la bonne musique, même si tout est subjectif à ce niveau, la masse aime donc le groupe a de la notoriété. Dub inc est un très bon groupe de reggae il me paraît normal qu’ils aient la notoriété qu’ils ont malgré l’auto production. Pour notre part je ne pense pas qu’on fasse une musique ciblé pour un public précis (grande masse reggae par ex), c’est donc déjà plus difficile d’arriver à se faire un nom à moins d’avoir un très bon attaché de presse ou d’être signé. A cela tu rajoutes le fait qu’on ne soit pas spécialement tous de très bons musiciens et le côte subjectif de la « bonne musique » (car nous on fait ce qu’on aime sans chercher à plaire à un public précis pour l’instant) ce sont des facteurs qui font que l’auto production n’est pas forcement le meilleur moyen de percer… En gros l’auto prod fonctionne si tu as vraiment beaucoup de talent, donc on va travailler du mieux qu’on peux, donner ce qu’on pense être le meilleur de nous même et ça marchera si ça mérite de marcher.

Dans Mediatricks, vous dénoncez le pouvoir manipulateur des radios. Pensez vous que la radio est forcément nocive pour les auditeurs, mais surtout pour les véritables artistes ?

« La radio » est le terme que j’utilise pour parler des radios de masse. Toutes les radios ne sont pas à jeter. je pense que les programmateurs choisissent pertinemment le son qui pourras créer quelques chose de négatif au sein de la société que ce soit à travers le rock, le rap, la house et autres.. Il y a toujours une incitation à la débauche ou bien la haine quand ce n’est pas l’argent. Tout le monde sait que la musique nous éduque, on écoute ce que disent les artistes on reproduit ce qu’on voit dans les clips, tout est dans l’inconscient. Donc en sachant ça pourquoi les programmateurs ne passent pas de textes sains conscients appelant à élever son esprit ? Alors forcement il y en aura un ou deux qui vont passer à la radio avec des choses intelligentes à dire, mais c’est parce que les programmateurs savent que les gens « conscients » n’écoutent que rarement la radio ou que les anticonformistes vont à tort boycotter cet artiste juste parce qu’il y passe. Il savent très bien ce qu’ils font et je pense même au vu de ce qui passe maintenant sur radios comparé à ce qui se passait avant qu’ils ont l’intention de nous abrutir de plus en plus dans les années à venir.. Ca ne reste bien sûr que mon avis. Je rajoute : je pense que les radios comme FUN SKY ou NRJ ont des responsabilités qu’ils n’assument pas, et que tout est fait pour abrutir les gens de plus en plus que ça soit par la musique ou par les jeu organisé par les animateurs etc.. Et puis quand tu vois qui dirige et contrôle tout ça tu te poses des questions par exemple sur pierre bellanger le pdg de skyrock, quand tu vois un peu ce qu’il fait dans la vie tu te dis qu’il est peut être temps de boycotter certaines radios..

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Aujourd’hui, c’est malheureusement très dur pour un artiste de survivre sans médias. Renonceriez-vous à vos convictions pour être diffusé ?

C’est la grande question, en fait ça nous dérangerait pas de passer à la radio si c’était un titre comme mediatricks par exemple qui y passait. Ou un de nos titres qui parle de quelque chose de censé. Après s’il faut faire passer la punkette à la radio pour vendre c’est pas tellement dans notre optique, mais c’est parce qu’on a pas encore de bouches à nourrir ou de dettes.. On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve, peut être qu’un jour on sera obligé si on veut continuer à faire des concerts de passer en radio… c’est le public qui choisi en fait. Si les gens font tourner notre son auprès de leur amis, que le bouche à oreille fonctionne à fond, et que nos stats sur le web explosent forcement on a pas avoir besoin de la radio, car on aura la notoriété nécessaire. Mais comme je te disais ça dépend beaucoup de la qualité du son (si le groupe fait de la bonne musique quoi) Ceux qui méritent de percer vont percer un jour ! Regarde les groupes comme dub inc dans le reggae, Kenyo dans le rap, Admiral T dans le dancehall ou n’importe quel groupe de metal que tu trouveras au hellfest, c’est sans la radio qu’ils ont eu leur notoriété, uniquement grâce à leur talent. Si un jour on en vient à passer à la radio, on ne refuserais pas si on peut y passer un message et ça reste indiscutable que c’est l’outil qui touchera encore plus de monde (tout comme la télé…).

60579_443777798770_915122_nDans la société actuelle, être un artiste engagé, ou en tout écrire des paroles qui ont du sens, c’est une nécessité ?

C’est nécessaire à partir du moment où on t’écoute. Personnellement j’ai du mal maintenant à me poser sur une feuille et écrire un titre qui parle de rien et qui n’apporte rien à personne. Je ne considère pas non plus notre musique comme engagée. Juste consciente, ceux qui n’était pas au courant de telle ou telle chose l’apprendront en écoutant le morceau, ceux qui l’étaient déjà auront notre avis sur la question, et pour les autres ben ça passe pour de la démagogie ce que je peux comprendre aussi car parfois on peut enfoncer des portes ouvertes.. Être un artiste engagé pour moi veut aussi dire mener des actions à côté, jouer pour certaines associations ou mettre la main à la pâte sur divers projet, apporter un soutient à un politicien ou une cause. C’est pour moi la différence entre engagé et conscient.  Mais chacun est libre de faire ce qu’il veut dans la musique, pour moi ça reste un art avant tout et je préfère les artistes qui nous font travailler l’esprit à ceux qui nous divertissent. Mais encore une fois c’est le public qui choisi ce qu’il veut écouter et ça c’est bien souvent les médias de masses qui influent là dessus. La vrai nécessité serait plutôt de diffuser des artistes engagés autant que ceux qui divertissent en fait..

Comme beaucoup d’artistes aux influences reggae, vous parlez de Babylone dans vos textes (Dans Sé kon sa nou ka palé par exemple). Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Babylon est la représentation du système qui nous est imposé. Sé kon sa est un morceaux qui date de 2007 donc écrit à un âge où tu commences à te poser des questions sur le système, ses injustices et inégalités entre les gens. On peut aussi employer ce terme quand on parle de la ville décadente avec sa pollution ses embrouilles, son stress etc.. Pour ma part quand j’emploi le terme babylon je pense aussi aux politiques, aux multinationales, à ceux qui font la justice etc..

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Pour votre premier clip, vous avez choisis la chanson Politricks. Vous y dépeignez une société endoctrinée par la publicité, les politiques et les médias, et vous parlez même « d’esclavage déguisé ». Que doit-on faire pour se libérer ?

Je n’ai pas la prétention d’avoir la solution à ce problème, la chanson exprime juste le point de vue d’un type paumé qui ne comprend plus où est le bien et où est le mal. Il s’aperçoit que tout ce qui l’entoure est mensonge, et il se demande qui pense comme lui. A la fin il comprend que tout dépend en fait de chacun et qu’il faut que lui même arrive à se comporter comme ce qu’il considère de bien afin de devenir un exemple pour les autres. Il dit donc que la solution selon lui (et c’est important de dire que c’est son avis et pas une réalité absolue qui sauvera le monde) est d’éloigner ses vices et mauvaises habitudes de consommation même si il est le seul à le faire, qu’il doit avoir foi en cette action de manière à ne pas changer d’avis à cause des autres.. C’est ici que la notion « d’esclavage déguisé » devient intéressante, peut-on arriver à vivre sans être dépendant de tout ça ? Chacun doit réfléchir à une manière de se libérer soi-même vu qu’on a pas tous les même chaînes mentales.

Que diriez vous au public qui ne vous connait pas encore, pour lui donner envie de vous écouter ?

De venir nous voir en concert, c’est le meilleur moyen de nous apprécier. On est un groupe de scène, on met le feu comme il se doit on ne trompe pas sur la marchandise ! En plus on est très ouvert on aime beaucoup discuter avec le public après le show on à tout notre merchandising qui nous permet de vivre (vente de tshirt etc). Bref ce qu’on aime c’est le contact donc venez nous écouter en live pour vous faire un avis !

1238770_10151832884583771_1631939016_nOù peut-on vous voir en concert prochainement ? Et où peut-on écouter vous musiques ?

On joue tout le mois de septembre et octobre mais pas de le coin, donc on va te donner celle qui est vraiment importante Le 27 septembre à la Rock School Barbey, à Bordeaux et j’espère que tu seras là aussi ! (rires) C’est un concert organisé par Meltin recordz on fait jouer le « joe la fougue » en tête d’affiche précédé de « Switch on » qui est un groupe de jeune lycéen qui envoi méchamment sur scène. On fera un petit passage en fin de soirée avec pourquoi pas quelques extrait du prochain album..

Un dernier mot ?

Merci à toi pour cet interview un big up à tous les gens qui nous soutiennent qui font tourner notre son, c’est uniquement grâce à eux que nous arrivons à avancer. La musique aujourd’hui est en train de changer, le milieu regorge d’artistes tout le monde souhaite faire de la musique pour devenir une star, vivre de la scène et de la gloire. Internet favorise le partage, mais aussi la facilité d’accès à la nouveauté musicale, ce qui crée une génération d’auditeurs qui passe très vite à autre chose et se lasse très vite des artistes qu’elle apprécie. C’est donc de plus en plus difficile des sortir la tête parmi tout ce monde et de maintenir l’auditeur à l’écoute. Le soutien des gens se trouve aussi dans leur fidélité, si vous appréciez un artiste partagez son actu et écoutez sa musique en profondeur. La musique ne doit pas seulement vous détendre ou vous motiver, les artistes travaillent beaucoup sur leur compositions et partagent avec vous leur émotions et courants de pensée. Prenez le temps d’écouter en profondeur avant de vous faire un avis général sur un groupe ou sa musique, essayez de découvrir quel genre de personne est à l’origine de l’émotion procurée. C’est à la fois intéressant et enrichissant selon qui on écoute, mais ça vous permettra surtout de différencier qui divertit, qui fais prendre conscience et qui endoctrine.

Propos recueillis par John Doe

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