« The Wall », autopsie d’une légende


Le 21 septembre 2013, Roger Waters passe au Stade de France pour la dernière date de sa tournée The Wall, 34 ans après la sortie de l’album éponyme. Profitons de cette occasion pour essayer de comprendre un des plus grands chefs-d’œuvre de l’histoire du rock.

Informations générales :

 The Wall est le onzième album studio du groupe britannique les Pink Floyd, sorti en décembre 1979. Ce double album, même s’il n’est pas le plus grand succès du groupe en terme de vente (2ème derrière The Dark Side Of The Moon, mais tout de même 30 millions de ventes dont 23 millions rien qu’aux États-Unis) est considéré comme leur plus grand album et marque l’apogée de leur carrière.

 TheWallImmersionC’est une œuvre contenant 3 projets :

–                 Tout d’abord l’album

–                 Le concert

–                 Et enfin un long métrage (The Wall, 1982, de Alan Parker) dont les chansons de l’album constituent la trame.

La réalisation du projet dura 4 ans, de sa création en 1978, à la sortie du film en 1982.

L’album traite du thème de l’isolement et de ses conséquences mentales. Les chansons suivent toutes un fil conducteur permettant de raconter une histoire, ce qui explique que certaines soient très courtes, servant de transition au déroulement de celle-ci. L’album sonne donc plus dur et plus théâtral que les autres.

Roger Waters, le bassiste et chanteur du groupe, signe 70 % des paroles, ce qui explique qu’il joua The Wall en solo tout au long de sa carrière (on se rappelle du fameux concert à Berlin le 21 juillet 1990, en commémoration de la chute du mur).

 

Origines du projet :

 En 1977, Pink Floyd est en tournée pour promouvoir son dernier album, Animals, sorti en janvier. Le groupe a alors atteint un statut de superstar et peu désormais remplir des stades de plus de 80.000 spectateurs à chaque concert. Toutefois, le bassiste et « leader » Roger Waters a de plus en plus de mal à supporter le comportement des spectateurs qui sifflent et hurlent tout au long des représentations, même lors des moments calmes.

 Le 6 juillet 1977, au stade Olympique de Montréal, pour la dernière date de leur tournée, Roger Waters crache en direction d’un fan qui, sous l’emprise d’alcool et de drogues, tentait de perturber le spectacle.

A la fin de ce concert, lors du dernier rappel, le guitariste David Gilmour ne remonte pas sur scène, contrarié par l’attitude du public durant la soirée.

 Frustré par l’incident de Montréal, Roger Waters trouve l’idée du Concept The Wall : bâtir littéralement un mur entre le groupe et le public, ce qui le protégerait d’un nouvel incident semblable. Voulant exploiter toutes les possibilités qu’offre ce principe, il décide également de faire de son idée un concept en trois parties.

 A la fin de 1977 et au cours de l’année 1978, les membres du groupe prennent chacun des vacances de leur côté. Roger Waters, dans un élan de créativité, se met au travail dans son studio personnel pour en ressortir avec deux projets : The Wall, et un second qu’il sortira plus tard en solo. Le premier projet est alors celui retenu par le groupe, qui en saisit tout de suite l’énorme potentiel.

 Malheureusement l’enregistrement de cet album marque aussi le début de la mésentente au sein du groupe, avec le renvoi (heureusement temporaire) du claviériste Rick Wright (pour la petite anecdote, il fera la tournée suivante avec le groupe, mais sera rémunéré en tant que musicien additionnel !)

 

Explication de l’album :

The Wall peut-être considéré comme un opéra-rock, un album-concept ou une comédie-musicale, chacun des morceaux constituant la trame de l’histoire.

 L’album raconte l’histoire d’un anti-héros nommé Pink, qui est oppressé dès les premiers instants de sa vie. Chaque chanson expose alors une épreuve de son existence.

Il perd son père durant la Seconde guerre mondiale (In the Flesh ?, Another brick in the Wall part 1), est surprotégé par sa mère (Mother), tyrannisé par des professeurs désireux de le modeler comme les autres élèves dans le « moule » que réclame la société, d’où l’image récurrente du hachoir à viande (Another brick in the wall part 2).

Il se retire ensuite dans un univers imaginaire en bâtissant un mur irréel, une allégorie représentant sa distance émotionnelle, pour le protéger du reste du monde : chaque expérience négative qu’il subit est, fatalement, une brique de plus à son mur (« All in all is just another brick in the wall »).

Parallèlement à ce processus, il devient une rock star (Young Lust) et se marie, mais il s’éloigne de plus en plus de sa femme, qui finit par le tromper (Don’t Leave me now). Pink achève alors la construction de son mur (Goodbye Cruel World).

Il sombre peu à peu dans la folie et la dépression. Perdu en lui-même, il doit cependant refaire surface en raison de son mode de vie : son entourage lui injecte des médicaments par intraveineuse pour qu’il puisse assurer ses concerts (Confortably Numb, The show must go on). Pink hallucine et se prend pour un dictateur fasciste : ses concerts deviennent des prestations néo-nazies durant lesquelles il envoie des hommes contre les fans qu’il considère indignes (In the flesh, Run like hell, Waiting for the worms).

Mais sa conscience finit par se révolter et le soumet à un procès dans lequel il est à la fois accusé et plaignant (The trial). A l’issue de ce procès, le juge ordonne que le mur soit détruit et que Pink affronte le monde réel (Outside the Wall).

L’album se conclut sur les paroles « isn’t this where » (n’est-ce pas par là) ; il avait débuté par « we came in ? » (que nous sommes entrés?), formant ensemble la phrase « N’est-ce pas par-là que nous sommes entrés ? », montrant la nature cyclique de l’idée de Waters : le processus de se construire un mur pour ne pas faire face à la réalité est continuel chez l’homme.

 Une œuvre en partie autobiographique :

 The wall s’inspire de la vie de Roger Waters qui manifeste ici ses différents avec le public et la crainte qu’il éprouve, liée au grand succès qu’il rencontre maintenant.

Ce projet lui tient donc vraiment à cœur, et il insère certaines épreuves de sa vie dans l’histoire que raconte l’album.

En effet, le héros perd son père à la guerre, ce qui est également arrivé au bassiste.

De plus, l’amphithéâtre dans le lequel Pink est jugé dans le film éponyme, rappelle étrangement le stade olympique de Montréal (voir plus haut).

Dans cette œuvre, de nombreux clins-d’œil sont fait à Syd Barret, fondateur de Pink Floyd et évincé en 1968 à cause de son addiction au lsd ; ce départ à énormément traumatisé Roger Waters. Dans le film, Pink voit sa cigarette se consumer dans sa main et donc le brûler gravement, scène vécue par Syd Barret.

Enfin, The Wall est une représentation concrète des craintes du bassiste. Dans le film, nous observons que le héros devient néo-nazi. Nous avons donc un parallèle entre la rock-star, qui soulève les foules, et le pouvoir du dictateur (ce parallèle est renforcé par le port du brassard rouge sur scène et l’utilisation d’un mégaphone, ainsi que par la symbolique des marteaux en croix). Roger Waters s’est rendu compte du pouvoir qu’il a entre ses mains, et le trouve effrayant.

  

The Wall est donc une œuvre profonde et intelligente, monument majeur de la culture anglophone.

 

John Doe

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