« La corde », Hitchcock et l’exercice de style


La corde, couleur, 1948, 77 minutes. Un film d’Alfred Hitchcock, avec James Stewart, John Dall, Farley Granger.

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Source image : dvdclassik.com

Synopsis

Deux étudiants passionnés par le crime (ils l’envisagent comme un art) décident de passer à l’action en éliminant un de leurs amis d’enfance, jugé intellectuellement « inférieur » à eux, pour mettre en pratique la thèse de leur ancien prof de philo qui considère qu’il existe des hommes  « supérieurs » et « inférieurs ». Tout ceci se passe dans les 5 premières minutes du film. Ainsi, vu que le crime est déjà commis, le suspense et l’angoisse ne résident plus dans la peur qu’un des protagonistes soit tué (comme c’est le cas habituellement), mais plutôt dans la peur que le crime soit découvert ! Brandon, un des deux tueurs, en véritable pervers (au sens propre du terme, c’est à dire « celui qui aime accomplir des actes cruels ou immoraux »), et faisant preuve d’un cynisme abominable, décide de cacher le corps du défunt dans un coffre, de dresser le couvert sur ce même coffre et d’inviter les parents du mort, ainsi que sa futur femme et leur professeur de lycée pour partager un dîner !!

Tout le film se concentre alors sur cette soirée, et sur l’évolution psychologique des personnages.

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Source image : parisiangentleman.fr

Critique/Analyse

Il n’y a pas beaucoup de films que l’on regarde en se disant « mais comment le réalisateur a-t-il pensé à faire ça, à filmer comme ça ? Comment a-t-il pu avoir une aussi bonne idée ? ». Je me dis ça pendant presque chaque film d’Alfred Hitchcock.

Indéniablement c’est un maître, un artiste, et même si certains de ses films sont moins bons que d’autres, il y a toujours quelque chose à en tirer, quelque chose de nourrissant pour nous, amoureux du cinéma, ou simple spectateur qui a envie d’être diverti.

Dans La corde, c’est encore le cas.

Ce film ne ressemble à aucun autre du « maître du suspense », tout d’abord parce que c’est un huis-clos.

J’adore les films en huis clos (je peux vous conseiller 12 hommes en colères, Carnage, mais aussi Le Prénom dans un autre registre), car les personnages se révèlent entièrement. En effet, la caméra se consacre sur eux, sur leurs moindres faits et gestes sans fioriture extérieure, et ainsi nous cernons leurs personnalités dans leurs ensembles.

Le suspense est fort alors qu’il ne se passe pas grand chose durant ce repas, et c’est là le talent incroyable Hitchcock ! On est parfois presque du côté des meurtriers dans leur quête du crime parfait, on espère que leur crime ne va pas être découvert ! Sir Alfred nous embarque avec les deux protagonistes, on est comme pris au piège avec eux !

C’est avant tout « un film de personnages », avec des acteurs remarquables. C’est également un film de dialogue, où rien n’est laissé au hasard. L’humour et le cynisme renforcent l’atmosphère pesante de la scène. Oui, de LA scène, car tout le film n’est en réalité qu’une grande scène de 1h17.

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Source  image : cinema.critictoo.com

Un film audacieux, voir expérimental

Pourquoi cette impression que le film n’est qu’une seule grande scène? Parce que le film a été filmé en 8 plans séquences de 10 minutes (donc 10 minutes où les comédiens jouaient non-stop), et les raccords entre eux se veulent très discrets (et le sont) pour donner l’illusion d’un unique plan séquence. Cette impression que tout le film n’est qu’une seule prise est très surprenant pour l’époque. Également, le fait qu’on ne remarque pas les coupes était voulu par Hitchcock pour démontrer que le découpage est secondaire dans un film (c’est donc typiquement expérimental!)

Ensuite, le thème fondamental du film (le meurtre par croyance qu’il existe des classes supérieurs et inférieurs), renvoi à l’eugénisme,  et ce seulement 3 ans après la fin de la seconde guerre mondiale. L’humour noir, les propos crus sur la mort, sont très choquants pour l’époque.

De plus, les deux personnages principaux sont homosexuels, même si ce n’est pas du tout explicité, à une époque où il était interdit d’aborder ce sujet au cinéma (l’acteur Cary Grant, homosexuel, a d’ailleurs refusé de jouer dans ce film  pour cette raison)

Enfin, pour l’anecdote, sachez que Hitchcock lui même qualifiait son film de « complètement idiot », et ne le voyait que comme un exercice de style.

Alfred Hitchcock avait donc le chic, et surtout le talent de ne rien faire comme les autres, et ce film le montre une nouvelle fois. Il est très difficile de le noter car il est un objet d’étude à part entière. Mais je pense qu’il vaut au minimum 17,5/20.

Sur le tournage...

Source image : tcmcinema.fr

Par John Doe

Sur le tournage…
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